Jules Renard à propos de Jack Lang.
Le paon
"Il va sûrement se marier aujourd'hui.
Ce devait être pour hier.
En habit de gala, il était prêt.
Il n'attendait que sa fiancée.
Elle n'est point venue, elle ne peut tarder.
Glorieux, il promène avec une allure de prince indien, et porte sur lui les riches présents d'usage.
L'amour avive l'éclat de ses couleurs et son aigrette tremble comme une lyre.
La fiancée n'arrive pas.
Il monte au haut du toit, et regarde du côté du soleil.
Il jette son cri diabolique : Léon ! Léon !
C'est ainsi qu'il appelle sa fiancée.
Il ne voit rien venir et personne ne répond.
Les volailles habituées ne lèvent même point la tête.
Elles sont lasses de l'admirer.
Il redescend dans la Cour, si sûr d'être beau, qu'il est incapable de rancune.
Son mariage sera pour demain.
Et ne sachant que faire du reste dela journée, il se dirige vers le perron, il gravit les marches comme des marches de temple, la queue toute lourde. Il répète encore une fois, la cérémonie".
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Cette semaine, notre Jack national a quand même annoncé officiellement sa candidature. Son interview dans le Paris Match est un bijou du genre. Même à le lire, on l’entend ! Cela ne manque pas de panache, à dire vrai. Ses trois métiers comme il dit – prof de droit, homme de culture, et homme politique - réuni par la passion, vecteur commun à ses engagements, me touche tout de même. Il s’envole sur tous les sujets. Fait appel à toutes les références culturelles possibles. Vibre de tous les sujets qu’il aborde. IL n’est pas faux de dire qu’il donne envie.
Mais à y bien réfléchir, ce parcours n’est pas totalement atypique.. Ce qui relativise ce CV, c’est la longévité de sa carrière politique : Depuis 1981, soit tout de même 25 ans, il occupe – quelle que soit les circonstances - le devant de la scène politique et médiatique.
Le grand ministre de la culture n’a ni été grand maire, ni été un grand député. IL a été battu à Blois par une jeune pousse du RPR qui avait pris le temps de l’opposition pour faire le terrain que Jack n’avait pas pour usage d’entretenir. (Je me souviens avoir fait un déplacement officiel à Blois, dans les quartiers dits populaires. Il avait fait tout son possible pour convaincre Claude Bartolone de ne pas y aller. Mais le ministre de la ville ne pouvait difficilement pas parler des quartiers dans les seuls salons des hôtels de ville de province ! Nous avons compris cette pression à ne pas faire de déplacement de terrain : il n’avait pas mis les pieds dans ses quartiers depuis plusieurs années, et le comité d’accueil, composé de ce qui fait traditionnellement le terreau des maires de Gauche, je veux parler des associations de proximité, des enseignants, des artistes… l’attendait de pieds fermes, mais non pas pour chanter ses louanges, admirer son verbe et applaudir à chaque grande phrase, non, ces gens de Blois étaient mécontents et avaient bien l’intention de le dire ce jour-là !)
Cette défaite, donc, il l’avait quand même un peu cherchée ! Pendant six mois, Jack était à Paris plutôt qu’à Blois, pour essayer de convaincre les militants socialistes parisiens, avant, l’espérait-il, les parisiens eux-mêmes, qu’il était le maire dont tout le monde avait rêvé ! Faux ! IL ne suffit pas d’être une star pour être maire, et la connaissance que Bertrand avait de Paris creusait l’écart…. Coups bas, négociations sordides avec les maires de gauche d’arrondissements gagnés en 1995, petits déjeuners place des Vosges, il aura tout fait pour séduire. Mais….
Pour éviter de justesse la défaite interne à Paris, il a été sauvé de ce déshonneur par Lionel Jospin, qui le nomme, la veille du scrutin d’investiture, Ministre de l’éducation, puis, comme il se doit, un ministre doit avoir une circonscription. La sienne sentant le roussi, il atterrit dans une autre circonscription en or, où il détonnait certes, mais où il a su user de son aura pour être élu à nouveau député, cette fois-ci du Pas-de-Calais.
C’est intéressant de faire ces petits rappels. Car les journalistes de Paris Match qui sont d’une complaisance stupéfiante, ont totalement oublié ces épisodes.
Personnellement, ces déménagements successifs n’incitent pas à l’admiration. Au contraire, ils inscrivent ce personnage qui se veut hors du commun, dans la pratique à la fois navrante et classique de la carrière politique, largement aidé en cela par un parti socialiste qui s’occupe de la carrière de ses hommes avant toute chose. Il faut être élu. Il faut un mandat. Et pour cela, point de scrupules. On déménage ! L’homme de droit et l’homme de culture devraient pourtant être un peu au-dessus de tout cela.
Pour ce qui me concerne, et alors que j’ai eu en son temps de l’estime pour le bonhomme, et une vraie admiration pour le ministre de la culture – qui était tout de même particulièrement par un Président de la République qui imposait ses arbitrages – l’épisode parisien aura fini par me dégoûter définitivement.
Et si Jack était un paon ? Ce poème lui va si bien....