31/03/2007"Je voulais faire de mal à personne, j'ai fait du mal à tout le monde" - Platonov Platonov de Tchekov. Mise en scène de Serge Lipszyc et Franck Berthier. Deuxième spectacle que je vois mis en scène par Franck Berthier, deuxième choc intégral. Comment dire ? Comment parler d'un spectacle à la fois si complexe et si simple ?
Un parti pris de mis en scène tranché, fort : la scène, "un ring" dit le metteur en scène, j'y ai vu, quant à moi, une piste de cirque, où les comédiens entrent et sortent. La bi-frontalité génère une espèce de liberté de mouvement, suscite des possibilités de jeu prodigieuses pour un texte vivant, passionné. Les acteurs circulent, virevoltent, tournoient. La souffrance est dans le mouvement. Il n'y a pas le temps à la pause. On a à peine le temps de respirer.
Un texte où la souffrance humaine est mise à nue, où les lâchetés s'affrontent, et où l'amour se cherche. Platonov est-il un lâche, est-il un séducteur destructeur, une victime d'une souffrance lointaine, l'absence d'une mère ?
Son amour des femmes est-il léger, coupable, les drames qu'ils génèrent sont-ils cyniques, pervers, incontrôlables ?
"Platonov est la meilleure expression de l'incertitude de notre époque", dit la note d'intention du metteur en scène. La liberté d'aimer, hors des carcans, est-elle une incertitude ? malgré tout ?
J'ai eu tout simplement l'impression de me retrouver, moi, personnellement, dans cette histoire. Comme si ce texte vieux d'un siècle racontait mon histoire d'aujourd'hui.
La distribution est tout simplement admirable. Pas un acteur n'est en dessous. Une énergie fabuleuse ressort de ce spectacle et s'il dure près de trois heures, pas une seule minute ne paraît longue, étérée, inutile. Il n'y a aucune longueur. Juste l'impression de jubiler du temps et de ressortir léger, léger de tout ce qui est dit et qui nous encombre. Voir sur scène ce qu'on n'ose penser, comme un sentiment de libération.
Voilà un spectacle qui devrait faire la cour d'Honneur du festival d'Avignon, et qui n'y sera probablement jamais !
(Spectacle jusqu'au 1er avril au théâtre au fil de l'eau à Pantin jusqu'au 1er avril 01 48 46 37 26)
30/03/2007Andréas Scholl Nuit sombre hier soir.
Je sors du Cinéma de Méru. Des jeunes zonent, comme on dit, devant le cinéma. Voiture arrêtée, portière grande ouverte, musique à fond. Le cinéma a du mal à faire venir le public le soir. Le gérant se démène, il ne se décourage jamais. "Même les profs qui enseignent à Méru n'habitent plus ici !", me dit-il. La ville est déserte. 5 personnes dans la salle de cinéma pour voir "Le camaraman", film de Buster Keaton (1928) accompagné par deux musiciens (piano et vent). Moment de pur bonheur. Grand plaisir, que de drôlerie... L'après midi, ce film avait attiré 125 enfants qui ont, parait-il, passé une merveilleuse séance de cinéma.
Je rentre dans ma voiture. Fatigué. Déçu. Heureux aussi. Et j'allume radio classique. Une voix de castra chante Haendel. Soirée consacrée à Andréas Scholl dont P. m'avait parlé le midi même à table, il était allé voir la veille au soir la passion selon St Jean, de Bach, au châtelet.
Je me souviendrai longtemps de cette affirmation du chanteur lyrique : "Dans la pop music, un grand talent peut passer à côté du succès, tandis qu'un grand médiocre est assuré de la gloire. Dans l'univers de la musique classique, c'est tout simplement impossible : un grand talent sera toujours reconnu, et il n'y aura jamais de médiocre à connaître la gloire." J'ai trouvé cela frappant et un brin réconfortant.
La musique s'est poursuivie dans le noir de la nuit, jusque l'antre de mon troisième sous-sol de parking. 29/03/200727/03/2007Il y a quelque chose dont personne ne parle dans cette campagne !! Hypothèse d'école : admettons en ce jour ensoleillé, que Ségolène Royal soit élue le 6 mai. C'est une hypothèse d'école à ce jour. Mais il faut poser les questions qui en découlent.
Elle annonce une réforme institutionnelle rapide, dans laquelle elle intègre - heureusement - le mandat unique pour les parlementaires applicables dès 2008. (C'est une première étape, on pourrait sans doute aller plus loin plus fort en ce domaine.)
Cela veut dire précisément que nombre de candidats socialistes investis en 2007 pour les législatives de juin prochain, devront choisir entre leurs mandats d'exécutifs locaux et leurs mandats de parlementaire. Il est également prévisible que dans cette hypothèse, l'essentiel des élus concernés choisira le mandat local, sauf à imposer une régle contraire avant les élections de juin.
Mais si tel n'est pas le cas, la conclusion est simple et évidente : Six mois après les élections législatives, un nombre important d'élections législatives partielles devront être organisées (car la démission ne fait pas monter le suppléant), ce qui constitue un risque politique remarquable de perdre l'éventuelle majorité parlementaire gagnée dans la suite de la présidentielle.
Ne faudrait-il pas tout simplement revoir les investitures des législatives, et n'investir que les candidats sans cumul, et changer les autres ?
Cette question est loin d'être anecdotique. Je m'étonne à ce jour que personne, dans le débat politique actuel, ne traite de cette question et ne l'anticipe....
C'était une hypothèse d'école !!!!
25/03/2007Je suis anti patriote ! Le coup des petits drapeaux de Ségolène, je ne le digère pas.... Il faudrait être fort, et aller en nombre à un de ces meetings pour sortir, par suprise, nos milliers de petits drapeaux arc en ciel. C'est tellement plus joli que le bleu blanc rouge, et c'est tellement plus gai ! Les témoinsLe film d'André Téchiné est admirablement plein de vie... malgré le sujet ! Film rétrospective sur l'apparition du SIDA à travers une histoire forte, où on a l'impression terrible que les histoires d'amour se vivent sans se dire. Retrospective en effet, qui rappelle si bien que, malgré tout, beaucoup de choses ont changé dans l'histoire homosexuelle. Nous vivons mieux nos histoires aujourd'hui qu'il y a 20 ans, et nous en parlons davantage. Elles sont même naturels et évidentes pour beaucoup d'entre nous. (N'oublions jamais aussi que si certains d'entre nous vivent heureux et dans la lumière leur histoire, il en reste encore beaucoup qui vivent cachés et dans la souffrance).
C'est sans doute le fruit terrible de la maladie d'avoir rendu visible à tous l'insupportable souffrance de la maladie sociale et de la honte qui entoure le SIDA. Mais comment ne pas pleurer à mourir d'un tel gâchis !
L'originalité de ce film est sans doute précisément dans son retour à la vie. Bouleversant bien sur, mais jamais larmoyant, la dernière partie du film raconte le retour à la vie des autres, ceux qui restent. Et cela donne de l'espoir. Et cette absolue certitude que la vie se mange crue, à pleine dents, et que rien ne doit nous faire oublier que nous sommes fragiles, vulnérables, en danger perpétuel.
Sami Bouajila est sublime. Michel Blanc est convaincant. Emmanuelle Béart est superbe. Vraiment, ils servent le film, rythmé, musical, vivant. Téchiné reste un réalisateur à part. Il tourne autour de ces sujets et cette histoire très autobiographique est aboutie. Il faut le voir, juste pour savoir. Et aussi parcequ'il aide au recueillement.
J'ai vu "les Témoins" avec terreur et appréhension. En pensant à Eric, bien sûr, mais j'avais le coeur serré pour tous les autres : Bruno, Philippe, Sébastien, Arnaud...
14/03/2007La campagne prend une curieuse tournure. 1°) Les sondages se trompent souvent, nous le savons tous. Chaque soir de premier tour, les indignations concernant les erreurs et les tromperies qu'ils ont générés font l'objet de longs débats. C'est un poncif admis. Dont acte.
2°) Cela posé, les sondages marquent souvent bien les tendances :
- Première tendance : Bayrou explose médiatiquement.
Il est clair aujourd'hui - et cela s'observe dans la campagne elle-même - qu'il y a un mouvement réel et profond en faveur de Bayrou. Ses meetings affichent complets et dépassent de 100 fois le nombre de militants UDF. Son livre est en passe d'être vendu à 100 000 exemplaires... et il profite maintenant, d'une sur exposition médiatique alors qu'il se plaignait il y a seulement un mois d'être mis à l'écart des dits médias.
- Deuxième tendance : Sarko baisse lentement dans les intentions de vote.
Il s'essouffle. Il panique. Il s'agite. Il s'excite. Des signatures pour sauver le Pen, à l'identité nationale, en passant par les menaces sur le journal Libération, en quelques jours, il montre une image telle quelle. Pour éviter les dommages collatéraux de la percée de Bayrou, il regarde à la droite toute. Pas sûr que cela marche. Et pendant ce temps là, Chirac jubile de son départ....
- Troisième tendance : Ségo stagne dans les intentions de vote.
L'argument de l'image, de la féminité, de la modernité incarnée, qui a servi l'investiture de la candidate, ne lui profite plus. L'impression de flottement reste. Et les tensions internes sont encore visiblesalors qu'il conviendrait de les effacer. Cela révèle une seule chose : l'absence de mobilisation forte de tout le parti socialiste en faveur de la candidate.
3°) Qui de tout ça peut tirer un pronostic ? Difficile de s'y risque.
Je continue de penser que le mois de Janvier a été terriblement néfaste à Ségolène Royale et que les voix qu'elle a perdus dans ce mois stratégique, à l'essentiel profit de Bayrou, risquent d'être belle et bien perdues.
Mais, je continue aussi à penser que cette élection se jouera dans les tous derniers jours de la campagne, et que ce qui peut sauver la candidate socialiste, c'est l'échec de 2002. Il y a besoin en France, et en 2007, d'un débat droite / gauche, peu importe que le candidat de droite soit Bayrou ou Sarkozy.
Il faut souhaiter que la candidature Bayrou pique aujourd'hui des électeurs à Sarkozy. Car la tendance des derniers jours poussera à une mobilisation anti Sarko.
Espérons un second tour Royale Bayrou. Cette hypothèse n'est probablement pas réaliste.
Mais les autres font peur.....
Ici comme ailleurs, il y a intérêt à prendre conscience de ce qui est en train de se passer.... à moins qu'il ne soit déjà trop tard.
Retour de vacances Je suis rentré de Saint Domingue, lundi. En forme, le teint halé, reposé et enrichi de mes lectures nombreuses. Je retrouve le travail, content, il fait beau, en plus, et je ne gère que des catastrophes depuis mon arrivée. Comme s'ils s'étaient donnés le mot avec l'envie de me gâcher le simple souvenir de ses jours si proches et si doux et déjà si lointains. Un signe qui ne trompe pas, j'ai déjà mal au dos...  |
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