26/04/2007

26/04/07 - 12:04

La sexualité des handicapés

Lire le très beau papier du Parisien , qui consacre une double page au colloque organisé aujourd'hui au parlement européen sur la question de la sexualité des personnes handicapées, et la nécessité de mettre en place des assistants sexuels. Les comparaisons étrangères sont intéressantes, ignorées de nous, et cet article révèle la puissance de ce tabou. Je me souviens d'un très beau film qui évoquait la question ("nationale 7", je crois me souvenir...). Comme toujours face à ce type de problématique, on parle d'abord du "besoin sexuel" des hommes (avant même de parler de désir), et fort peu du celui des femmes. Et comme toujours aussi, les hommes handicapés et homosexuels ne sont pas évoqués. Les tabous dans les tabous dans les tabous.... C'est un débat qu'il faut assurément mener. A lire donc.

12/04/2007

12/04/07 - 14:57

Homophobie ordinaire

C. est un beau garçon. Un très beau garçon même. Un charme éclatant, évident, un rayonnement intérieur qui irradie au-delà de lui. Il se sait beau, aussi, c’est inévitable, ce n’est pas seulement une chance, c’est parfois une difficulté.

Peu importe.

C. a le regard tendre, la voix douce, et on sent en lui un jeune homme sensible, fragile, inquiet, observateur, attentif. Tout cela à la fois.

C. a aussi (eu) quelques grandes faiblesses : l’attrait pour les choses faciles, le confort et le luxe sans effort, puisqu’on on vous le propose, pourquoi le refusez ? Le piège finit toujours par se refermer un jour, il en a tout juste pris conscience, à ses dépens, ses graves dépens.

C. partageait la vie d’un garçon de 20 ans son aîné, navigant dans la vie artistique avec aisance, et profitant ainsi de tout le confort lié à ce privilège de la jeunesse et de la beauté réunies. C. m’avait pourtant largement expliqué la particulière situation dans laquelle il se trouvait. Je suis un hétérosexuel affirmé amoureux d’un homme, et d’un seul. Une nuit plus tard, à la suite d’échanges et de dialogues approfondis, devant un feu de cheminée déclinant mais chaleureux, et sûrement accompagné d’un petit verre d’alcool doux et revigorant à la fois, j’avais fini par admettre cette contre-évidence. C. était hétérosexuel et aimait cet homme, lui, et lui seul.

Quand C. m’apprit, quelques années plus tard, sa rencontre avec une femme, elle aussi de près de 20 ans son aînée, et dont il était très amoureux, j’ai trouvé la concrétisation de ce qu’il avait toujours dit et pensé. Malgré la difficulté de la rupture avec l’ex aimé, C. s’installait dans une nouvelle vie. Vie nouvelle et rassurante pour tout le monde. La dite aimée savait l’histoire avec l’ex aimé, et n’ignorait rien de cette relation homosexuelle qui l’avait tout de même occupé près de six ans. Difficile d’en faire une anecdote. Et très vite, la dite aimée exprime des mots de dégoût, d’insultes. Car C., quoi qu’il en soit, et quel que soit leur amour, reste Sali par l’acte de chair entre hommes. C. s’accommode et vit heureux, pense-t-il amoureux, de cette femme entourée d’animaux, de chats, de chiens, de chevaux…

La famille de C. se rassure évidemment, de cette liaison nouvelle, et de la conformité qu’elle permet enfin d’afficher après ces années d’errance. La mère avait tout de même eu le don d’insulter son fils avec les mots crus qui pensent réduire la sexualité entre hommes. C. en avait vomi tripes et boyaux, voyant sa mère déverser une haine qui ne s’est jamais arrêtée pour définir ce qu’il croyait qui plus est ne pas être !

C. est devenu papa. Accident de pilule ?... ou volonté délibérée d’une femme proche de la quarantaine, et pressée d’avoir un enfant ? C. reste lucide et dit les mots tel qu’il les ressent. La naissance de C. génère la rupture inévitable. Et les insultes homophobes pleuvent à nouveau. Le petit bébé, dans son berceau, entend tout, forcément.

C. quitte le domicile de l’aimée et retourne à la case départ, pour peu de temps. Car la mère, hors d’elle de cette rupture, de ce bébé sur le carreau, humilie à nouveau son fils, le traite et le retraite des insultes qui ne s’imaginent pas être prononcées en famille, pour finir par être chassé, je dis bien chassé de chez lui, de chez elle ! Une mère peut chasser son fils, jeune papa, parce qu’il a été !

Nous en sommes là …. Pas tout à fait tout de même. C. est retourné provisoirement chez l’ex aimée, dort par terre, et s’occupe de son fils avec tout l’amour qu’il éprouve pour cette petite tête brune qui tournicote et crie des « papas papas » d’amour et de bonheur.

C. a rencontré un garçon, de son âge (âge en rapport dirait-on ?) et ne sait comment l’aborder, comment faire ? Une culpabilité l’envahit : son fils …. Que va-t-il devenir ? Une terreur le foudroie : il sent un amour naître, mais il en fuit le désir. Il résiste, tout seul, dans sa tête, le soir, enfermé dans sa cuisine, à cet appel du bonheur, parque qu’il a honte, tout simplement honte de découvrir qu’il s’est menti depuis longtemps, qu’il affronte une vérité qui maintenant lui éclate à la figure avec violence, et qu’il s’est dissimulé dans des rapports qui n’étaient pas sa vérité. Il souffre aussi de cette histoire passée avec cet homme, et qui laisse des traces douloureuses, irrépressibles, qui lui font craindre que tous les hommes sont ainsi, et que la souffrance passée va s’imposer à nouveau avec le jeune homme rencontré et désiré, mais refoulé par la peur de la chose, par la crainte du jugement des autres, par l’angoissante question du fils et l’inversion totale des valeurs dans lesquelles il avait attendu ce bébé !

J’ai écouté C. longuement. J’ai compris qu’il avait juste besoin de parler, de dire les mots qu’il n’avait dit à personne, et qui le hantait. Il avait besoin de savoir ce qui était grave ou non, ce qui allait devenir possible ou non, il avait besoin d’un regard, en fait.

Je sais depuis hier que C. a embrassé longuement R. Qu’il a emmené son fils au cheval…. Et que peut-être ce petit beau monde s’aimera d’amour tendre, loin de la grand-mêre, de la mère, et des schémas parait-il idéaux et qui ne l’ont que détruit par mépris, humiliation et haine de l’autre.


05/04/2007

05/04/07 - 18:58

"au de la de la haine"

Ce documentaire de Olivier Meyrou m'a replongé quelques années en arrière, dans cette horrible histoire du meurtre de Sébastien. Plusieurs jours que je pense à ce film, avec une incapacité à en parler véritablement. J'ai eu une impression d'extrême justesse et de précision, justesse troublante tellement elle est proche de ce que j'ai eu le sentiment de vivre. Je pense au père de Sébastien, transfiguré par la mort de son fils, et capable d'entendre, d'écouter, d'essayer de comprendre les paroles du coupable.

Les parents qui ont accepté de "parler" dans ce film, de se laisser à dire sans être dirigés, troublent le public. Forcément. A contre sens absolu de cette culture de la vengeance, ils expriment à la fois une souffrance extrême et une capacité troublante à la compréhension. Le réalisateur parle d'un film sur la "reconstruction après la mort". C'est plus ou moins vrai. De façon plus subliminale, il évoque selon moi, la force des valeurs. A contrario et à fortiori.

A contrario pour les criminels qui ont tué ce jeune homme pour rien, seulement parce qu'il était homosexuel, et qu'il a eu quelque part le courage, au moment d'être massacré, d'accuser ses assasins d'être des lâches ! Comble de l'insulte pour ceux qui ont été élevés sans autre valeur que le rapport à la force, à la violence, et plus tard, à la "culture" skin... Absence d'éducation, manque absolu de toute valeur, famille inexistante. Plus rien n'est impossible puisqu'il n'y a aucune limite morale.

A fortiori pour les parents de la victime, qui résistent à la pression médiatique et qui ne se laissent entraîner dans aucune dérive. Ni sentiment de vengeance, ni volonté de dépasser la mort de leur fils par la haine de l'autre, des autres, des assassins. Comprendre reste la seule solution face à cette blessure existentielle.

C'est un film à voir, car il ne tombe dans aucun pathos ni aucune facilité. Il donne à voir des gens admirables, les parents, les frères et soeurs, les avocats des deux parties, comme si, dans cette affaire, pour pouvoir la dépasser, l'intelligence collective avait cherché à sublimer la haine existentielle d'un trio mortifère.