23/05/2007

23/05/07 - 22:22

Hétéro militant

Concert de Jean-Christophe Dollé, au Connetable, à Paris. Le premier concert auquel j'avais assisté de ce jeune chanteur, ne m'avait pas plu. Trop jeune, pas prêt, pas fini, trop bavard. Je reviens un an plus tard. Et je découvre un jeune chanteur, très rock, musicalement installé, magnifiquement accompagné, et du coup, tous les défauts de scène que j'avais vu un an auparavant, envolé : JCD s'affirme. Plus besoin de fioriotures et de faux semblants. Il est installé. Sa musique percute. Pari réussi. Beau concert.

Mais revient au fur et à mesure du concert, cette impression que j'avais eu la première fois, amusé. Des textes hétéro-militants dominent son répertoire. Et je souris de cela car c'est en définitive assez rare. Assez original. Parfois ses textes virent un rien potache, mais il y a quelque chose de curieux chez ce jeune de 33 ans, ce besoin d'affirmer sa sexualité, je dis biens sa sexualité, pas ses amours, comme s'ils étaient illégitimes, minoritaires, et que la seule façon de les dépasser était de les affirmer. Ou alors, c'est juste ce sentiment qui me domine, moi et qui consiste à lire dans l'affirmation d'une sexualité, la forme de l'aveu qui accompagne si souvent le vécu de l'homosexualité.

23/05/07 - 22:13

Charles Semser

Sud de l’Oise. Il y a quelques jours. J’arrive. Chez Charles Semser. Un sculpteur. J’ai rendez-vous avec Charles Semser. Le chemin qui mène à se petite maison est étroit. Impossible de ne pas reconnaître, de la route, sa maison. Car de loin, domine cette grande sculpture, cette sculpture monumentale, raison de ma visite. Au milieu d’un jardin charmant et somme toute ordinaire – une grande pelouse, des pommiers, des arbustes – une sculpture énorme domine tout. Charles Semser est un sculpteur d’œuvres monumentales. En ciment. Je m’arrête. Je gare ma voiture devant le portail rouillé. Je regarde de loin. J’entre par la grille, qui couine, tel un voleur. Personne en vue. Je n’ose alors m’approcher de l’œuvre. Je m’approche de la petite maison. Une vieille petite maison, bien abîmée par le temps. Comme Charles Semser. J’aperçois à travers la vitre, le vieux Monsieur assis dans son fauteuil. Je tape au carreau. Il se lève, lentement, difficilement, péniblement. Il m’attend. Mais il ne sait plus qui il attend. Sa femme, une très vielle femme, elle aussi, se souvient, elle, de qui je suis et pourquoi je viens. Elle le lui dit, et tout s’illumine alors. On m’a annoncé un monsieur bougon, et je trouve un vieux monsieur fatigué, épuisé, mais heureux. Il m’accueille avec un regard profond. Un regard appuyé. Il se rassied alors. Car il ne peut pas rester debout plus de quelques minutes. Trop vieux, trop fatigué, trop malade. J’ai l’autorisation d’aller voir de plus près la sculpture. Je la regarde de loin. Je la regarde de près. J’observe les détails. Les couleurs délavées. Le temps qui a pesé sur cette œuvre de plus de trente ans qui a déjà beaucoup voyagé. Je suis là. C’est impressionnant. Cette œuvre raconte la vie, da la naissance à la mort. Voilà. Charles Semser vend sa maison. Trop vieux, trop malade, trop fatigué, il ne peut plus entretenir son jardin. Il ne trouve personne pour l’aider. Voilà. Mais la sculpture n’est pas à vendre avec la maison. Il est prêt à la casser en petits morceaux, quitte à en mourir – et il en mourra – si personne ne s’y intéresse d’une quelconque façon. Il vend la maison et vite, vite, cet été me dit-il, et sa femme acquiesce, oui, cet été. Donc la sculpture ? Cette sculpture n’est pas à vendre, elle est à acheter. C’est différent. Juste parce qu’elle n’a pas de prix. Le prix de sa vie, voilà tout. Il vend vite, vite sa maison, pour être sur, je le pense, d’avoir réglé la question de cette sculpture. Avant…. Il faut faire vite.

17/05/2007

17/05/07 - 13:48

Willy Protagoras....

Deuxième pièce de Wadji Mouawad que je découvre cette année, après en avoir lu plusieurs autres. Spectacle fort. Décidément. Et pourtant, vraiment différente, dans l'écriture en tout cas, des autres déjà connues de moi. Différente, sans doute parce qu'il s'agit d'une oeuvre de jeunesse et que l'on sent dans les mots (maux), les obsessions qui deviendront plus tard l'objet de l'oeuvre de l'auteur. Différente aussi, car plus légère dans le ton. La gravité du propos reste là, mais il y a une forme d'ironie qui reste présente toute la pièce durant.

"Willy Protagoras enfermé dans les toilettes" ou la rebellion d'un jeune adolescent qui ne trouve rtien de mieux que de s'enfermer 20 jours dans les toilettes de son appartement. A travers cet acte de rebellion forte, un contexte aussi essentiel : deux familles vivent dans un même appartement, et se déchirent le droit d'y vivre seul. Et ne peuvent évidemment aller chier ! Et dans ce contexte, l'enjeu d'une fenêtre avec vue sur la mer, et la jalousie farouche de voisins hargneux, haineux. Le décor est ainsi planté. Et de cette fenêtre, qui ouvre sur la mer autant que sur la mort. Puisque le fils Philisti-Ralestine s'y jettera, tandis que la fille, aimée de Willy, y sera pendue par les voisins décidés à faire sortir Willy de ses toilettes...

Le texte est sublime, il y a une langue là dedans, d'une puissance sidérante. Il y a une force dans le rapport humain entre les personnages. Il y a le décryptage de la lâcheté humaine dans tous ses états.

La mise en scène, la mise en lumière, la mise en musique, présente puissante, est superbe. On sort de là heureux.

Merci à Nicolas et Alexandre de m'avoir offert ce si beau cadeau, et surtout, ce cadeau si bien choisi.

16/05/2007

09/05/2007

09/05/07 - 12:04

Il faut retourner au théâtre !

Depuis dimanche soir, je suis comme sonné. Assommé. Triste. Agacé. Sidéré. Stupéfié.

Depuis des semaines, que dis-je, des mois même, je m’attendais à cette catastrophe qui s’annonçait avec de plus en plus de certitude, comme une vague qu’on ne peut empêcher de tout détruire sur son passage. Depuis des mois et des mois, je m’interroge sur la stratégie du parti socialiste d’une part, de la gauche d’autre part, qui répète les erreurs, qui renouvellent les fautes politiques lourdes qui ont conduit à tant de défaites récentes. La parenthèse de 2004 était bien une parenthèse « déculpabilisante » pour l’électorat de gauche blessé par 2002, et rien d’autre. D’autres, en haut lieu, ont interprété cela comme le signe des victoires futures… La carte électorale de France est là pour faire déchanter ceux qui croyaient aux lendemains qui chantent….

Il est trop tôt, sans doute, pour tirer les conséquences de ce qui s’est produit. Il est trop tôt, encore, pour comprendre la dynamique de l’échec. Il est trop tôt, toujours, pour dire ce que sera l’avenir de la gauche, la forme qu’elle devra prendre, les contours de ce qui la dessinera demain.

Mais, je suis aujourd’hui sûr de deux choses :

- Il est prétentieux pour la candidate, probablement dangereux pour la gauche, à la seconde où elle reconnaît sa défaite, d’annoncer qu’elle « continue le combat ». Le moins que l’on puisse faire, c’est de prendre le recul nécessaire. Sans doute est-il exagéré de mettre l’échec sur le seul dos de la candidate, mais il n’en est pas moins faux que la candidate porte une responsabilité dont elle ne peut se dédouaner. Il y a quelques mois j’écrivais qu’elle voulait gagner seule, « en femme libre » : qu’elle accepte la conséquence logique et symétrique de cette méthode : elle perd seule, et en femme libre !

- Il est erroné de croire que toute future majorité de gauche passe par le centre et le futur mouvement démocrate de Bayrou. D’abord parce que celui-ci risque de faire « pschhhit ! » - toutes ses troupes signant le contrat de majorité préparé par l’ump – et parce que ce qui manque aujourd’hui aux socialistes, c’est la capacité à asseoir une base politique plus large, plus forte, plus solide. Comment réunir des catégories sociales et politiques différentes, sur un projet commun et mobilisateur ? La gauche doit tout repenser, et pas seulement papillonner vers un centre qui n’existe que tiré vers la droite.

Je ne sais pas où on va. Vers la défaite aux législatives, cela est plié. Vers des élections cantonales, municipales avancées, c’est à peu près certain, ce qui risque de neutraliser toute tentative rapide de bilan pertinent, d’aggiornamento salutaire, et de démarche de rénovation des fondations politiques de la gauche de gouvernement.

Prenons le temps ! et soyons durs avec nous-mêmes pour être sur de ne pas nous tromper une énième fois.

Pour me remonter le moral, je suis allé voir hier « Cabaret » aux Folies bergères… L’histoire de la montée du fascisme dans les années 30 en Allemagne, … Ne faire aucun parallèle rapide, mais difficile de s’éloigner de cette actualité plombante…