22/07/2007

22/07/07 - 23:28

Saison thétrale 6 : Oxygène.

Je reviendrai dans quelques jours sur l'immense spectacle que j'ai vu en Avignon. Ce soir, je me contente de citer cet auteur russe découvert à cette occasion, Ivan Viripaev.

"Lui. - Le sens perd son sens, si tu prononces à haute voix, ce que tu veux vraiment dire.

Elle. - Le sens perd son sens, si tu écris avec des lettres, ce que tu veux vraiment écrire.

Lui. - Le sens n'a pas de sens, si on évalue ne serait-ce qu'un peu ce qui se passe autour.

Elle. - Chercher du sens dans le sens, c'est tout simplement manquer d'éducation et de culture."

22/07/07 - 23:22

Ce que j'avais écrit à propos de "Quelques remords avant l'oubli..."

Histoire de recréer de la perspective à soi même ! J'avais donc écrit cela !


Cergy Pontoise. Ville nouvelle. Arrivée sur le parvis du théâtre. Sentiment d'horreur. Dalles sur dalles, escaliers, recoins, la ville angoissante par excellence. Voiture garée sous un pont improbable. Il faut avoir envie d'aller au théâtre.... Mais le théâtre est là, bien là, bien à sa place. Utile. Plus utile encore ici qu'ailleurs.

J'ai vu une pièce de Jean-Luc Lagarce. J'avais beaucoup lu son théâtre, mais je ne l'avais jamais vu. Cette langue butée est absolument magnifique. Une création étrange où six jeunes comédiens ont mis en scène collectivement cette pièce à la fois dure, réaliste, et parfois tendrement drôle. Un pur régal....

Où il est question d'argent...- prétexte ! - Où un trio (deux hommes une femme) qui a constitué trois couples dans le passé, s'affronte... Parce que l'amour n'est pas refermé. Parce que l'orgueil domine et tue tout ! Parce qu'il n'y a plus d'espoir quand il y a de l'espoir. Une telle pièce parle à tout le monde, alors que son écriture est active, vive, brillante, pulsionnelle. Ces comédiens ont la rage. La distribution est brillante... La mise en espace éclatante.

Nous avons trouvé, hier soir, notre premier spectaple pour la deuxième édition de l'Oise au théâtre. Vous pourrez découvrir ce texte en juillet prochain, à Ermenonville...

22/07/07 - 23:14

Saison théâtrale 5 : Les autres... Jean-Claude Grumbert

Les autres. Trois courtes pièces de Grumbert.

« Trois pièces courtes et caustiques pour dire la peur de l'autre et pointer, avec humour et cruauté, le racisme et la bêtise ordinaires.

Rixe L'appartement des Laurent. Aimée y attend son mari. Henri rentre du travail, nerveux, fatigué : il a eu une rixe. Alcool et huit clos aidant, la paranoïa fait son oeuvre. Il semble que l'humanité entière veuille s'en prendre à lui. La peur panique de l'autre, des autres, des "pas comme nous", va transformer un événement anodin en tragédie.

Michu Un homme se fait traiter de pédéraste, communiste, juif, franc-maçon par son collègue Michu. Peu à peu, sa femme aussi prend ses distances car on ne sait jamais, il n’y a pas de fumée sans feu...
Les Vacances Une famille française typique dans un pays étranger au mois d'août veut casser la croûte mais se méfie de la qualité de la restauration, de l'hygiène, de tout. Le père est obsédé par l'idée de se faire arnaquer et toute la petite famille s'adonne à cœur joie au racisme le plus primitif. »

Cette création, qui clôture l’Oise au théâtre, fait salle comble. Premier motif de satisfaction. Comme l’an passé d’ailleurs, la création est un moment fort, attendu, et le public répond présent.

Je ne connaissais ni Grumbert, ni ces textes en particulier. La première pièce, « Rixe » (ou comment j’ai tué un bougnoule sans m’en rendre compte !) plonge le spectateur dans un état de malaise profond. Comme si le seul fait d’être là, d’écouter, de voir, faisait du spectateur un complice de l'action qui se déroule sur scène. Car la force de ce texte horrible, est son niveau premier degré. Pas possible d’y échapper. Pas possible. Et l’horreur vient à la fin, Henri tire, tue, et sa femme affolée de voir la police l’arrêter, qui crie dans un sursaut désespéré : « Mais tu n’as rien fait ! ».

Les deux autres textes, Michu et les Vacances, sont de même nature. Une photographie de la France horrible, de la France Beauf, « les autres ! ». Mais le propos est tout de même plus pathétique, assurément moins dramatique, il n’y a pas mort d’homme, et du coup, dans cet enchaînement, tout s’éclaircit.

Vincent Dussart réussit cette mise en scène de mains de maîtres. Il faut le dire. Le point de vue est tranché, non séquencé, et les scènes se succèdent sans rupture. Ces français sont rangées dans des espèces de boîtes, enfermantes, trop étroites, ils sont à nu, ou presque, et le décor simule leur costume. Ici, l’habit fait le moine. La mise en scène appuie sur la vulgarité de cette France là, celle qui nous fait honte, on se gratte les couilles, on se croit fort, mais le fort est celui qui tient un flingue ou ceux qui sont simplement plus nombreux. La bande son accompagne cette cruauté, cette bêtise, cette férocité, avec talent. Et les comédiens sont absolument parfaits. Il y a une unité de jeu dans ce spectacle, une intention claire et une recherche en même temps poussée qui permet à la lecture textuelle premier degré, de s’envoler un peu, d’offrir une vision de cette France là de haut, ou de côté, juste le recul nécessaire pour ne pas se sentir coupable de voir cela, car le propos, bien sûr, est contraire.

Je viens de revoir ce spectacle en Avignon, il y est présent jusqu’à la fin du Off, et le spectacle a gagné en rythme, mais conserve sa qualité originelle. Ce spectacle va tourner. S’en souvenir !

22/07/07 - 22:49

Saison théâtrale 4 : Quelques remords avant l'oubli.

« Quelques remords avant l’oublie », de Jean-Luc Lagarce, année Lagarce, qui trouve sa place, ici, dans ce festival qui se nourrit des écritures contemporaines.

Deuxième fois que je vois ce spectacle, avec la même intensité absolue. Des anciens amants, un couple à trois, deux hommes, une femme, se retrouve après de longues années, sans s’être vus. Il s’agit de régler les affaires matérielles de cette existence qui a laissé des traces, et notamment se décider à vendre la maison dans laquelle ils ont vécu ensemble, et dans laquelle l’un des trois vit toujours. Ce couple du passé a explosé et deux d’entre eux ont constitué de nouvelles histoires, de nouvelles rencontres, des couples plus traditionnels, des couples plus classiques, des couples terriblement ordinaires. Cette rencontre est donc le choc des trois êtres
Blessés par le passé, et confrontés à leur présent.

La langue de Lagarce est essentielle, et la force de cette compagnie est de la porter avec une efficacité époustouflante. Les acteurs sont dans un mouvement prodigieux, l’agitation intérieure explose dans une mobilité sur scène, comme un ballet, comme une véritable chorégraphie. L’histoire est chargée, impossible de s’y repérer au départ, qui est avec qui, qui a été avec qui ? Des courtes scènes visuelles – belle invention - viennent expliciter cette impossibilité à saisir l’essentiel de ce qui est en jeu, des pauses, des images flasch-back jouées sur scène donnent un sens profond à ce qui se déroule devant nous. Impossible de ne pas être concerné.

Cette mise en scène / mise en espace est servie par un collectif de comédiens admirables, généreux, dans une confrontation vitale. Ces acteurs sont tous dedans, le rythme les unit, la tension de la pièce est là, palpable.

Ce spectacle est tout simplement admirable.

Je suis fier que cette création ait pu être montrée ici, dans ce monde parfois éloigné de la création contemporaine. L’écoute du public était forte. Voilà, un festival sert à cela, réunir des publics différents dans une volonté d’offrir du neuf, du beau.. Objectif atteint.

(penser à rechercher un article plus ancien, car j'ai déjà écrit sur ce spectacle.)

22/07/07 - 22:46

Saison théâtrale 3 : Grasse matinée !

"Grasse matinée", de et avec René de Obaldia.

Lecture spectacle de Grasse matinée (rééditée pour le festival grâce à la complicité d’Olivier Cellik et de l’avant-scène.) Grasse matinée, ou le dialogue inattendu de deux voisines de cimetière, marquée, dans la mort, des différences de la vie. L’une, fraîche morte, l’autre, là, depuis plus longtemps. L’une, à l’étroit dans un cercueil en pin, l’autre, dans le confort d’un beau cercueil en chêne. René de Obaldia est sur scène, il fait la voix off. Il guette ses acteurs avec un œil vif, un œil presque sournois, parfois, on le sent en vie, là, vraiment.

Deux actrices fortes, marquées par l’histoire de l’auteur (elles ont chacune, à deux époques différentes, jouées Monsieur Klebs et Rosalie, c'est-à-dire Rosalie !) Deux belles voies pour incarner deux belles mortes. (Le livre est disponible à l’avant-scène, à lire et à relire…).

Et je pense à cette réflexion de Obaldia, au moment où je lui apprends la morte du jour, Claude Pompidou : "Cela arrive à tout le monde !". Grasse matinée, ou le rêve du sommeil éternel compliqué des petits tourments des restes de vivants.



22/07/07 - 22:42

Saison théâtrale 2 : Au bal d'Obaldia

"Au bal d’Obaldia", créée par Stéphanie Tesson, avec Lucien Jean-Baptiste. Vu en Avignon il y a quatres ans. Spectacle que je suis heureux, tellement je l’ai aimé, d’offrir aux spectateurs de « l’Oise au théatre »… De l’intérêt de traîner ses guêtres à Avignon, sans relâche, d’année en année. Je ne pouvais pas imaginer ne pas présenter au public ce pot-pourri très réussi, de textes très différents de René de Obaldia. La gravité ressort de « sur le ventre des veuves », l’antimilitarisme de « l’azote », « Exobiographie », qui rythme ce texte bal d’Obaldia, nourrit les profondeurs sensibles, et « rappening » vient alléger le propos d’un auteur qui est tout sauf un rappeur, mais qui aime saisir et essayer de comprendre ce qui se passe, ce qui se crée autour de lui.

Je découvre à nouveau, quatre ans plus tard, donc, ce spectacle. Et Lucien Jean-Baptiste, qui m’avait déjà touché si fort au moment d’Avignon, redonne ce spectacle avec la même légèreté, la même gravité, la même intensité. Le spectacle n’a pas bougé. Il revit.

Les larmes me sont encore montées en l’entendant raconter l’histoire de Lily la Plombière. D’une toute petite valise posée sur scène, Lucien Jean-Baptiste ressort une robe noire accrochée sur un ceintre. Lily la Plombière entre ainsi en scène. L’histoire d’une grande star du cinéma, immense actrice des années qu’on imagine d’avant guerre (on pense à Arletty, Michèle Morgan) et qui se prépare à regarder, avec 70 ans d’écart, le film qui a fait sa gloire, sa carrière. Elle s’apprête comme on va à l’opéra, mais elle est vieille, elle n’est qu’un sac d’os souffrant, ne pouvant plus bouger, ayant du mal à seulement rester éveiller pour se voir une dernière fois. Le pathétique qui ressort de ce texte, et l’immensité de la justesse du ton de Lucien JB m’atteint au cœur, une nouvelle fois. Je suis là, assis au bord du lac, à droite le tombeau de Jean-Jacques Rousseau, à regarder Lulu ou Lily, je ne sais plus, l’un est l’autre. La beauté renverse la tristesse. C’est beau. C’est tellement beau.

Ce court spectacle entraîne des applaudissements sans fin, Lulu est lui-même surpris. René de Obaldia, ému, et son collègue Alain Decaux, qui lui a fait l’amitié de venir, et la simplicité de la surprise de sa présence, touche. Tout est beau ce soir. Dommage que cela soit si éphémère… que ces moments si rares, si beaux, si touchants, ne font que passer. Me souviendrai-je de tout cela dans un demi siècle ? Oui, je crois que je n’oublierai jamais Lulu-Lily, à en pleurer encore dans le souvenir.

22/07/07 - 22:38

Saison théâtrale 1 : Cherche bomec....

« Fantasmes de demoiselles », dernier texte publié en 2006 par René de Obaldia. Textes de petites annonces déjantées, crues, inattendues, vulgaires, le tout de la petite annonce, façon académicien. Car René de Obaldia, ne l'oublions pas, siège à l'Académie. « Cherche bomec » dans toutes ses déclinaisons possibles et inimaginables. Quatre comédiens chanteurs investis de ces rôles changeants : La scène des rappeurs rythmant leur parole sur des bruits de journaux chiffonnés, ou la scène qui s’articule avec un mari bourgeois, riche et plein aux as ! le délice. La salle rit. Rit.

Ce qu’il y a de formidable dans René de Obaldia, c’est la multiplicité des lectures possibles : l’immédiate compréhension d’un texte facile. Et l’ironie grinçante qui s’en dégage sur l’histoire contemporaine des couples, sur les fantasmes avoués et inavoués. Penser qu’un homme de plus de 85 ans s’amuse encore à écrire de tels fantasmes grivois, réjouit le cœur sur le sens de la vie. Sur l’espoir de vivre, de continuer à vivre, pleinement.

Ce soir, d’ailleurs, comme un clin d’œil, ses trois femmes étaient réunies autour de lui, pour cette deuxième édition du festival qui lui rend honneur. La « n°2 » s’adresse à moi pour me demander si, bien que « n°2 », elle peut s’asseoir dans le rang VIP. Comme l’histoire d’un homme qu’on ne peut pas quitter.