29/09/2007"La France", de Serge Bozon.Les Saisons du Cinéma, 8e édition, commencent. "A vos palmes", ou le meilleur des festivals en 12 jours. Salle comble à Pont Sainte-Maxence pour la réouverture du cinéma. Quand je dis comble, c'est comble : on est obligé de rajouter quelques chaises. Du bonheur. Avant-Première du film "la France". Trouvé par nos programmateurs à Cannes, dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs. Etrange objet cinématographique, déroutant, touchant, bouleversant. Difficile d'en parler sans en révéler la substance, et en révéler la substance est assurément gâcher une partie du plaisir et de la surprise portée par un scénario précis, exigeant, et admirablement dramatique. En tout cas, sans révéler quoique ce soit, on peut dire qu'il s'agit d'un regard décalé, oblique, à propos de la guerre de 14-18.
Ou comment des solitudes s'additionnent dans une fuite inatteignable.
A voir à partir du 21 novembre, avec Pascal Grégory, Sylvie Testud, et une petite kyrielle d'acteurs peu connus et talentueux.
Bref, ce ne fut que du bonheur...
25/09/2007Autour de ma pierre il ne fera pas nuit. (bis)Citation
"
Dolorès : Qu'est-ce qu'on doit faire quand on n'espère plus rien ?
Lullaby : Continuer d'attendre.
Dolorès : Et vous attendez quoi ?
Lullaby : Qu'autour de ma pierre, il ne fasse pas nuit. Dieu est mort. Pas moi. "
A voir, au 20e théâtre, jusqu'au 28 octobre. (du mercredi au samedi à 19 h 30 - dimanche 15 h) Magnifique ! 17/09/2007Fondation Czyffra à Senlis La chapelle de cette fondation accueillait hier, à l'occasion des journées du patrimoine, un concert de Bernard Thomas mêlant, comme par une ironie de l'histoire, les oeuvres de Mozart à celles du Chevalier de Saint-Georges, dit le "Mozart noir". Cruelle histoire en effet entre ces deux contemporains qui ne se sont jamais croisés, et qui, l'un et l'autre virtuoses, n'ont pas passé à la postérité de la même façon. C'est l'un des grands mérites de Bernard Thomas d'avoir redécouvert, en fouillant aux archives nationales, les partitions de ce compositeur, et de leur avoir, depuis maintenant quelques années, redonné une actualité et une présence artistique.
Outre le plaisir de se laisser porter par la musique instrumentale dans une chapelle à l'accoustique vibrante et répercutante, il y avait, hier, comme un souffle de bonheur absolu. Bernard Thomas, d'abord, chef d'orchestre peu ordinaire, parle. Il présente les oeuvres qu'il va interpréter, dans un style et avec une envie de partager que je n'avais jamais rencontrée. Cet art dans la présentation des oeuvres nous les faisait entendre et découvrir avec une oreille nouvelle, émerveillée, sublime. Mais à ce plaisir du concert et de sa présentation, s'ajoute un site exceptionnel par la présence des vitraux surplombant la nef, dernière oeuvre de Miro. Le soleil illuminait ces vitraux bleu persans, et leur donnait une intensité magnifique. Plongé dans l'écoute de Mozart et dans celle du Chevalier de Saint Georges, le regard traînant sur Miro, quelle belle vision du patrimoine, de ses croisements, et de sa vitalité en mouvement. 16/09/2007La Zizanie Sarkozy me fait actuellement penser à De Funès dans la Zizanie : pour contrer la candidature écologiste de sa femme, interprétée par Annie Girardot, il ne cesse de développer un programme politique simple, en trois points :
1°) le plein emploi
2°) le plein emploi
3°) le plein emploi
Sarkozy, avec ses tics et ses énervements visibles sur la croissance, me fait subitement penser à cela !
Il faudrait un technicien de génie pour doubler des images de Sarko avec la voie de De Funès : je suis sûr qu'on y croirait ! 05/09/2007Mykonos IIIci, évidemment, les hommes ensemble se tiennent par la main. C'est tout. Mais c'est énorme. MykonosQuand je suis en Grèce, je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours envie de parler espagnol ! Angels in AmericaA quoi sert le théâtre ?
A propos de « Angels in America » et autres digressions post avignonnaises.
Je ne suis pas sorti indemne de ce spectacle vu en Avignon en juillet dernier. Vu par accident, d’abord. (Je n’ai rien fait volontairement pour le voir, j’aurais été un brin informé, j’aurais fui.) A peine posé un pied, un « collègue » me remet une invitation pour ce spectacle auquel il ne veut pas aller. J’ai huit heures de voiture dans les pattes, je n’ai pas mangé, il me reste une demi-heure pour :
- aller chercher un pull dans ma voiture (je crains le mistral).
- Avaler un petit quelque chose rapidement pour ne pas m’écrouler.
- Et me précipiter dans la cour du lycée Saint-Joseph…
Je découvre, en arrivant au dit lycée transformé en théâtre officiel du in, que le spectacle dure la bagatelle de 5 h 30. Je rage, je fulmine, je rumine (une saveur d’oignon aigre douce – le kebab avaler en toute hâte – me remonte à la gorge) je tape du pied, je me tâte, j’hésite, mais bon, j’y suis, j’y reste, donc j’y vais ! Mais :
- je déteste, j’exècre, je honnis ce côté « in » d’Avignon qui propose aux spectateurs d’être obligés à l’exploit physique, car 5 h 30, sur les chaises en plastiques, dans des gradins tassés, c’est d’abord physiques !
- je suis crevé et je ne suis pas sûr de tenir jusqu’au bout.
- La lecture du pitch m’effraie littéralement : mais que diable allais-je faire dans cette galère ?!
- Je découvre le pire du pire : le spectacle est en polonais (pour un texte original en anglais, faut-il le rappeler) sur titré en français. (Pendant 5 h 30, je vais pleurer toutes les larmes de mes yeux – avant toute émotion – à essayer de lire ce texte qui défile à toute vitesse, sans distinction des répliques, avec une lumière quasi fluorescente, en tout cas éblouissante, une souffrance intégrale !)
La scène fait aux bas mots 25 à 30 mètres de large, presque autant de profondeur, c'est-à-dire que ce spectacle ne rentre à peu près nulle part ailleurs, quelques très grandes scènes nationales peuvent espérer l’accueillir ! Je pense alors, démagogiquement sans doute, à toutes ces compagnies du off qui ne peuvent dépasser une heure, une quinze minutes, au grand maximum, et qui doivent couper leur décor pour espérer le faire entrer sur la misérable petite scène du petit théâtre loué à prix d’or pour le festival…(au sens propre ! Ladislas Chollat, metteur en scène du Barbier de Séville présenté en 2006 dans le off, a du effectivement scier son décor pour le faire entrer dans la salle où il était programmé. La fiche technique de la salle n’était pas conforme à la réalité du plateau.)
Donc 400, 500 m2 de plateau, peut-être moins, mais c’est immense. Un espace assez vide, juste des sortes de miroirs encadrent la scène, miroirs faussement reflétants.
Malgré toutes ces réserves, je rentre dans ce spectacle la tête la première. Oui, je pleure, parce que le drame du sida me touche, me retouche, me coule et me noie. Mais dès la première heure du spectacle, je suis aussi, simultanément, exaspéré par la culture de la culpabilité qui se dégage de ce texte, de ce spectacle qui se déroule dramatiquement devant les yeux embués de sans doute 800 spectateurs. Coupable d’être homo, coupable d’être malade, coupable de fuir la maladie, coupable de fuir l’être aimé parce que malade, coupable de chercher la mort…
Assez ! ASSEZ ! J’ai envie de hurler Assez ! Je me sens agressé dans ce que je suis ! Je me sens replongé dans 20 années de deuil, de mort, de haine, de drames… je revis mon 1er janvier 2007 en direct…
(Le public semble s’indigner, plein de compassion avec la pièce, quand un jeune homme accompagné de celle qui doit être sa mère, fuit, brusquement, cherche à s’échapper, dans l’urgence, des gradins, à l’instant de la scène de la mort. Ce public qui vient au spectacle du « In » d’Avignon ne comprend-il pas que cette scène est tout simplement insupportable par son réalisme cru, pour qui est un tantinet concerné par le sujet ? Ce jeune homme et sa mère fuient, oui, un souvenir peut-être, récent peut-être, un souvenir, une image, un cauchemar, qui sait, pire, une épreuve qui les attend… La compassion du public pour ce spectacle méritait la compréhension de ce couple mère fils qui s’échappe de cet enfer. Avignon, parfois, ce soir là en tout cas, me fit honte.)
Voilà.
Et je m’interroge. Pourquoi ce spectacle, là, ici, maintenant ? Pourquoi montrer le sida aujourd’hui avec les références d’il y a 20 ans ? Pourquoi n’offrir – malgré le récit daté de lui-même – aucun recul, aucune distance, face à ce drame ? Pourquoi ne pas l’offrir à la compréhension d’aujourd’hui ?
La déferlante de moyens de cette production fait perdre pieds au metteur en scène. La scénographie écrase tout. Les acteurs sont des pantins riches d’énergie d’ailleurs, et de talent, sûrement, mais noyés sur une scène trop grande, criant pour se faire entendre, poussant le drame dans un registre vocal excessif, épuisés eux-mêmes par un texte trop long, dans une mise en scène inexistante, comme limitée à la mise en espace et à la maîtrise de la contrainte vocal.
On souffre à longueur d’heures, on n’est pas sûr de toujours tout comprendre (« Je » ne suis pas sûr de tout comprendre), le drame est là, simplement réel, palpable, évident. Pourquoi ?
Une seule raison explique la présence de ce spectacle dans le In. Outre la notoriété historique de la pièce, outre encore la célébrité du metteur en scène polonais, le succès – nous dit-on – de cette création en Pologne crée le contexte. Le besoin de montrer en France, aujourd’hui, que là bas, en Pologne, maintenant, ce spectacle fait sensation : car il y a des pédés sur scène, des vrais pédés, des faux pédés (des bi) , parce qu’on y parle d’amour d’hommes et de mort, parce qu’on y montre une sodomie non figurée. Parce que la Pologne vit un retour en arrière cruel, avec des frères jumeaux qui gouvernent dans un renversement de toutes les valeurs qui avaient fondé l’espoir de cette toute jeune démocratie. Un spectacle critiquable artistiquement est unanimement salué en France, pour un public ultra ciblé qui peut s’enfiler 5 h 30 de drame à crever d’un texte américain, traduit et joué en polonais, sur titré en Français. Voilà, ce n’est pas du sida que ce spectacle veut parler, mais du drame de la Pologne. Rien, dans la mise en scène, ne permet de le deviner. Rien.
Voilà comment, malgré tout, je ne suis pas sorti indemne de ce spectacle. Comme le drame de la Pologne aujourd’hui comme hier, me concerne. Mais il ne suffit pas de parler polonais pour le suggérer.
Mykonos, le 6 septembre 2007
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