24/04/2008

24/04/08 - 08:23

La fabrique du macadam

Retour aux rencontres de la Villette, ex rencontres de Cultures urbaines que j’avais contribuées à renforcer du temps où je travaillais au Ministère de la ville.

• La Villette d’abord. Il faisait beau hier soir, la lumière était celle d’une belle journée finissante, une fraîcheur perceptible et un ciel encore bleu, une fraîcheur qui sent bon. La Villette, c’est parfois un grand espace calme. Contre la fureur de la ville, dès qu’on s’éloigne pas à pas de l’avenue Jean Jaurès, les chants des oiseaux dominent, et l’humain prend le dessus. Les voix retentissent, il y a de la joie. Les jeunes sont partout. Ici, ils ne font pas peur ! Impossible de ne pas s’arrêter, de ne pas admirer le panorama sublime entre l’architecture de la Grande Halle, celle des bâtiments adjacents d’un faux style « bourgeoiso-faubourien », et celle, franchement contemporaine, de la cité de la Musique. La fontaine centrale illuminée crache une eau puissante. Il y a, à la Villette, quelque chose de tout simplement sublime. 25 ans plus tard, le pari de Mitterrand sur cet espace alors inhabité et même totalement abandonné est aujourd’hui un centre de vie, un lieu de rendez-vous, un espace de création : la vie a repris le dessus.
• Les rencontres ensuite. Soirée organisée par le café culturel de Saint-Denis. Spectacle intitulé « la Fabrique du macadam » où cette culture urbaine se mélange : Slam, musique, hip hop, graph… Un projet qui rassemble quelques professionnels techniciens, deux artistes confirmés (le talent de Fantazio et l’originalité de sa présence) et de nombreux habitants de Saint-Denis qui, comme dans un café, assis autour de table dans un espace immédiatement convivial – on se sent bien quand on arrive, l’espace est d’une beauté affirmée – vont exprimer des créations personnelles autour des disciplines citées à l’instant. Il y a une grandeur dans le Slam qui ne m’échappe pas. Le retour de la langue, la recherche de l’épure, de la poétique au sens noble, la volonté de sortir du langage strictement urbain de la tradition hip-hopienne, pour l’enrichir, pour la faire vivre autrement, est là. Bien là. C’est fort. Il y a de grands moments. De cet échange entre une toute jeune fille et une adolescente et qui se plaisent à rêver d’échanger leurs âges, une vraie beauté.

Je retire de cette soirée un grand moment de découvertes et de création au vrai sens du terme. Le graph créé en temps réel et projeté sur le corps d’une danseuse était à la fois pour moi inédit, créatif, émouvant. Décidément, la culture Urbaine trouve de plus en plus ses lettres de noblesses.


23/04/2008

23/04/08 - 08:39

A nos amours....

Revoir « A nos amours » de Maurice Pialat, c’est à la fois : prendre un coup de vieux, se laisser emporter par la fraîcheur du film, et rester encore bouleverser par la profondeur du propos.

Un coup de vieux d’abord ! Le film date de 1983, période où je fréquentais plusieurs fois par semaine les salles de cinéma, et où je rêvais d’être un jour un réalisateur de film… Epoque donc de jeunesse cinéphilique. Retrouver Sandrine Bonnaire toute jeune, toute fraîche, toute belle, toute naturelle, Maurice Pialat pas encore vieux, doux et rugueux à la fois, odieux dans son rôle, et attachant dans sa relation paternelle à sa fille, Cyril Collard que j’avais éliminé de la distribution dans ma mémoire, tout cela est un vrai bouleversement. Jacques Besnéhard tout mince dans un rôle majeur, bref, c’est la sensation d’un retour en arrière duquel on ne s’exclut pas. Le temps a bien passé. Pialat n’est plus, et tous ces acteurs merveilleux ont mûri, vieilli, disparu, la vie a fait son temps.

La fraîcheur du film ensuite. Il y a quelque chose d’extrêmement naturel, dépouillé dans le jeu et sûrement, de fait, dans la direction d’acteurs. Le dialogue Pialat Bonnaire dégage une impression d’intimité sidérante. On est témoin d’une scène intrafamiliale, et cette scène, écrite, maîtrisée, est celle de ce dialogue si compliquée entre adolescent et parents. Magnifique. Et le retour du père le jour du mariage du fils… Un grand moment.

La profondeur du propos enfin, car, contre toutes les évidences et la folie du frère et de la mère, Suzanne alias Sandrine Bonnaire, n’a qu’une envie, foncer dans la vie. Grandir et aimer. Dans une famille qui semble singulièrement manquer d’amour et ou on se dit je t’aime en se cognant la gueule, la jeune adolescente qui flambe sa jeunesse suscite l’évident rejet et la totale incompréhension. Le propos est toujours actuel, on se demande même s’il ne s’élargit pas au-delà de la question adolescente… et que le discours de Pialat est profondément anticipateur d’une évolution sociétale. Figurez que j’ai appris cette semaine que seulement 16 % des parisiens sont des familles, c'est-à-dire un adulte avec au moins un enfant… Et si Pialat nous avait un peu raconté cela.

Il est difficile d’aimer, quel que soit l’âge, à l’adolescence et après !


07/04/2008

07/04/08 - 17:31

Juliette

L’Olympia, son hall de gare, ses hôtesses antipathiques et stressées… 2052 personnes à faire rentrer en une demi-heure, mission impossible. Donc, comme ici le spectateur est d’abord un client qui a payé cher sa place, on s’occupe de lui, même en retard. La valse des lampes torches illuminent le spectateur bien installé, ébloui par ses hôtesses en recherche de places libres pour clients retardés. Déjà, tout cela m’énerve….

Enfin, passons. Tout cela n’est pas grave : je viens voir Juliette, je suis invité, donc, pas de raison de se plaindre.

Il y a incontestablement quelque chose de grand chez Juliette….et de majestueux. Inoubliable chanson sur l’exil, inoubliable reprise a capella des « Loups sont entrés dans Paris », inoubliable ré-interprétation piano voix des « garçons de mon quartier ». La première heure se déroule ainsi, chansons graves et belles, présence forte, prise de position sans ambiguité, Carla Bruni n’a qu’à bien se tenir.

Et puis, va savoir, le concert se modifie. J’aime son humour, et ses intermèdes sont bien sentis, heureux, jubilatoires, à la scène comme à la vie, aurait-on envie de dire… Mais au-delà, le concert dérive en une espèce de farce à laquelle je me sens totalement étranger. Juliette termine déguisé en lapin rose et je suis affligé. Je ne trouve pas cela drôle du tout, je trouve au contraire cela lourd et déplacé, tellement loin de ce que je crois être Juliette. Cette facilité m’étonne et je garde la première heure en mémoire, le cœur battant, le souffle court de celle qui me parle par textes interposés et qui sait faire rire avec talent et pleurer avec force. Monsieur Hortefeux devrait écouter Juliette ! Et Carla Bruni, prendre de cours de chant…