28/05/2008

28/05/08 - 08:40

Danse

Les rencontres chorégraphiques de Seine St Denis bénéficient, de toute évidence, d’une reconnaissance nationale et internationale du monde de la création et de la critique dans le champ de la danse contemporaine. Son grand mérite est double : Le festival produit ou co-produit des créations qui sont présentées à l’occasion de ces rencontres ; le festival programme également les jeunes chorégraphes qui apparaissent sur la scène artistique pour les donner à voir. Les rencontres, ainsi, s’inscrivent nettement dans un refus de facilité et les grands noms sont rares, la découverte est donc le principe de ce qui doit guider les pas du festivalier. Dont acte et bravo. Tels devraient toujours être les sens d’un festival.

La diffusion des spectacles dans un nombre significatifs de villes et théâtre partenaire dans un département comme la seine St Denis ne reste pas non plus anecdotique, et la mobilisation des publics, notamment scolaires, dans le cadre de telles initiatives, donne aussi du sens pour le territoire à la présence d’une manifestation qui s’inscrit bien chez lui et mixte véritablement des publics. Deuxième motif de satisfaction, car les salles sont pleines et le public est bien vivant.

Reste ensuite le plaisir de la découverte, et les bonnes et mauvaises surprises d’un tel pari. Car la danse n’échappe aux poncifs de la création, les tics et stigmates sont parfois bien présents dans certaines créations, et le plaisir et l’émotion partagés pour certains spectacles, n’enlèvent pas aussi des formes moins élaborées, plus dans le temps, et O combien exaspérante…

Petite revue de quatre spectacles vus pendant le festival.

Angelin Preljocaj, « empty moves ».

Valeur sûre de la danse contemporaine, Preljocaj présente un mérite sidérant : le renouvellement constant de son travail. Chaque pièce est une nouveauté complète et les inventions chorégraphiques se succèdent. La signature est pourtant bien là : une recherche de la désarticulation des corps, une forme d’humour posé comme un élément de la lecture et de la compréhension, et des danseurs et des danseuses poussés par une énergie puissante. Les spectacles de Preljocaj sont ainsi. Empty moves ne déroge pas à son auteur. Ce quatuor de danseurs est emporté par une voix lente et caverneuse, dont le sens est impossible à deviner. Ce rythme lent d’une voix qui finit par être totalement exaspérante – celle de John Cage – pousse les corps dans des retranchements infinis, des mouvements décalés, inventés. Oui, c’est bien cela, des mouvements qui n’existaient pas avant.

La beauté de la danse et des corps dégagent une force puissante contrariée cependant par une bande son dont on espère assez vite la fin, le silence, comme si cette exaspération sonore devait nous pousser à voir pour ne pas entendre.

Fabrice Lambert, « D’eux ».

Je n’oublierai pas Fabrice Lambert. Je retournerai voir Fabrice Lambert. Je continuerai de suivre le travail de Fabrice Lambert.

Il y a dans ce spectacle une émotion palpable, immédiate, qui ne retombe jamais : deux corps proposés au regard. L’un, nu, dans la semi obscurité, dans le noir presque total, dans le silence absolu ; l’autre, caché dans une tenue quasi « lunaire », exposé à la lumière la plus vive, accompagne d’une musique à la fois violente et puissante. La force est dans le contraste, mais chacun des éléments de la pièce, dans un travail précis, beau, s’affirme aussi comme un morceau de choix.

Le texte de présentation du spectacle précise assez justement le propos : « Pour cette pièce, Fabrice Lambert a voulu revenir à l'affirmation du poids d'un corps, à sa matérialité tangible. Cette lecture d'un être dans son intensité physique opère une trouée profonde dans la linéarité du temps. Elle oblige à prendre conscience des modifications qu'entraîne le basculement, le passage à la frontière. Le regard du spectateur devient la mémoire de ce passage. Par une amplification progressive de la différenciation, des territoires, des empiètements, des empreintes s'inscrivent, des traces se révèlent, laissant émerger une mémoire diffuse. Les deux présences vont se compléter, se suivre, se relayer, imposer une résistance commune. Elles vont expérimenter ce que veut dire habiter l’espace de l’autre, retrouver les marques de leur présence. Leurs différences et leurs similitudes vont peu à peu s’identifier. A l’intérieur de chaque parcours, l’autre sera retrouvé, et chaque geste pesé pourra acquérir une réalité propre. » (C’est moi qui souligne).

Julie Nioche, « Matter ».

Difficile d’exprimer un point de vue sur ce spectacle, création du festival, qui m’a littéralement exaspéré. Pas dérangé, exaspéré. L’impression que le spectacle n’existe que grâce à sa technique de scène, qu’il s’agit moins d’une pièce chorégraphique qu’une performance, que je me refuse à définir. On peut dire de la scénographie qu’elle est belle, mais elle ne surprend pas.

Kataline Patkaï, « Sisters ».

La perte de tout sens esthétique à un moment donné étonne à défaut d’agacer. L’impression d’une pièce pas finie, d’une lumière pas travaillée, d’un manque de précision dans la gestuelle, laisse à ce travail l’impression d’une tentative, d’une ébauche ; assurément pas d’un spectacle achevé. Quant à l’émotion, elle ne se trouve que dans quelques figures, éparses, mais l’œuvre elle-même reste étrangère. Ca tombe à plat.